Tangui Jossic – Intervenant Histoire de l’art
Après un baccalauréat et une année en faculté d’arts plastiques à Rennes, il intègre une classe préparatoire axée sur le dessin et la peinture, puis les Beaux-Arts de Nantes. Très tôt, il commence à enseigner tout en poursuivant ses études. Il encadrait les 1e et 2e années dans les labos photo, et animait des cours de dessin et de peinture à l’Atelier Guist’hau (ancêtre de l’AGR). Diplômé du DNSEP en 2002, il rejoint ensuite l’équipe pédagogique de l’AGR puis celle des Beaux-Arts de Nantes, tout en développant une pratique artistique pluridisciplinaire.
À quel moment l’envie de transmettre s’est-elle imposée ?
« Enseigner s’est imposé comme une évidence : j’ai toujours aimé transmettre des outils concrets, des méthodes, et surtout aider les gens à débloquer quelque chose dans leur pratique. J’ai à cœur de donner à chacun les moyens techniques et culturels pour concrétiser ses projets, mais aussi l’espace pour expérimenter, rater, recommencer, affirmer une direction. Pour moi, l’enseignement artistique ne consiste pas à fabriquer des « bons élèves », mais des auteur·rices, des regards, des voix. »
Sur quels domaines se concentre aujourd’hui ton travail ?
« Aujourd’hui, je dirais que ma spécialité, c’est le dessin comme langage complet : observation, composition, narration, expérimentation. Je travaille autant la pratique que la théorie : couleur, perspective, dramaturgie de l’image fixe, culture graphique, histoire de l’art… avec une attention particulière aux liens entre images, récit et mise en scène, qu’elles soient imprimées, exposées ou performées.

Je poursuis en parallèle une pratique très diversifiée : auteur de BD, illustrateur, photographe, plasticien… et aussi performeur, notamment à travers le spectacle participatif « La Grosse Boule » et le catch de dessin, avec des personnages comme Louis Vengeur ou Bouillasse. J’aime cette pluralité : elle m’évite d’enfermer la création dans une seule case, et permet de transmettre une vision concrète et ouverte du métier. »
Te définirais-tu comme un expert de l’histoire de l’art ?
« Je me sens légitime sur ce terrain parce que je l’enseigne depuis longtemps et parce que je le pratique au quotidien : l’histoire de l’art nourrit mes cours, mes projets, mes références, ma façon de lire les images.
Mais pour moi, « expert » ne veut pas dire « tout savoir ». L’histoire de l’art est immense et en mouvement permanent. L’expertise, c’est surtout savoir mettre en relation, contextualiser, relier une œuvre à une époque, une technique, une idéologie, une sensation, et transmettre cela de façon claire, accessible et exigeante. »
Quelle place accordes-tu à l’IA dans ton enseignement aujourd’hui ?
« L’IA est un outil intéressant, mais elle ne remplace pas l’essentiel : le regard, la décision, la justesse, le geste. L’objectif est que les étudiant·es apprennent à s’en servir intelligemment, pour chercher, comparer, structurer, sans perdre leur singularité ni leur sens critique. »
Ton coup de cœur du moment ?
« En bande dessinée, j’ai plusieurs coups de cœur récents : Sunday d’Olivier Schrauwen, Why Don’t You Love Me? de Paul B. Rainey, Une obsession de Nine Antico, et Rébétissa de David Prudhomme. J’aime les œuvres qui assument une écriture forte, une vraie mise en scène, et un regard sur le monde qui ne se contente pas d’illustrer. Côté musique, en ce moment, j’écoute beaucoup Clipse (Let God Sort Em Out), Rosalía (LUX) et Ninajirachi (I Love My Computer). »

