Nicolas Martin – Intervenant Motion Design
Formé aux métiers du multimédia et des arts numériques, il débute sa carrière en se spécialisant dans le motion design. Après ses études, il part vivre en Nouvelle-Zélande pendant un an , où il travaille en agence et découvre le freelancing. De retour en France, il s’installe comme motion designer freelance, activité qu’il exerce depuis sept ans. En parallèle, il s’oriente vers l’enseignement : il devient enseignant, puis référent de la filière motion design au sein de son ancienne école, avant de rejoindre l’AGR . Découvre ses créations sur Instagram.

Est-il possible pour toi de devenir expert en Motion Design ?
« Pour moi, oui, c’est possible d’être expert, mais cela demande beaucoup de recul. Un philosophe disait : « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien. ». En fait, quand on atteint un certain niveau de compétence, on se rend compte qu’il nous manque encore beaucoup de connaissances. C’est lié à la courbe de l’apprentissage, souvent associée à l’effet Dunning-Kruger : au début, avec peu de connaissances, on peut vite se sentir très confiant. Puis, en progressant, on réalise la complexité du domaine, la confiance diminue, avant de remonter progressivement avec l’expérience et la consolidation des savoirs. Le motion design est un domaine très vaste, composé de nombreuses spécialités : vidéo mapping, spectacle vivant, web, cinéma, publicité, réseaux sociaux, communication interne ou encore industrie. La vulgarisation scientifique et l’animation de vidéos explainer, par exemple, est quelque chose qui me plaît énormément et que je pratique vraiment au quotidien. Donc, je suis expert dans ce domaine, je pense, mais pas expert du motion design au sens large. Pour moi, il est difficile d’être expert de tout. »
Quelle place occupe l’Intelligence Artificielle dans ton travail ? Et comment l’abordes-tu avec les étudiants ?
« Personnellement, je n’enseigne pas directement l’utilisation de l’IA aux étudiants. En revanche, je l’intègre ponctuellement dans ma pratique professionnelle, notamment pour la création de storyboards ou la production de certains assets graphiques. Mon métier reste avant tout celui de motion designer, pas d’illustrateur, donc l’IA peut m’aider à gagner du temps ou à compléter des ressources fournies par les clients. Les élèves l’utilisent dans ma classe, mais pour générer du son, (VO, musique et mixage). C’est très pratique pour accélérer leur travail. »
Selon toi, l’IA représente-t-elle une menace pour le métier de motion designer ?
« Il y a quelque chose qui me fait penser que oui, elle peut représenter une menace. On l’a bien vu, il y a quelques années, on voyait une vidéo de Will Smith mangeant des spaghettis à la main, avec son visage déformé. Aujourd’hui, une version quasi parfaite de cette même vidéo peut être générée. Donc, évidemment, cela pourrait poser problème à un moment. Mais je suis convaincu que l’IA reste avant tout un outil. Pour l’instant, je ne suis pas trop inquiet, le motion design est relativement épargné. En revanche, la captation vidéo est plus confronté à cette menace, car il existe énormément de sources vidéo pour entraîner les IA, ce qui rend la génération beaucoup plus facile. Le motion design n’est vraiment pas la destination première des IA. D’ailleurs, celles que j’ai testées pour le motion design restent, pour l’instant, de mauvaise qualité. »
As-tu un coup de cœur du moment parmi les outils ou logiciels ?
« J’aime beaucoup un logiciel que je n’enseigne pas, faute de temps pour l’intégrer à mes cours. Il s’agit de Cavalry, un outil qui change un peu la donne dans l’univers du motion design. C’est un logiciel d’animation capable de gérer à la fois le pixel et le vecteur, avec une interface pensée pour la production vectorielle. C’est un mix entre Blender et After effct, intégrant des fonctionnalités liées à l’IA et au code. Par exemple, la séquence d’ouverture du dernier festival Motion Motion à Nantes a été entièrement réalisée avec Cavalry. Ce n’est pas encore un standard, mais il présente un réel potentiel. D’autres outils alternatifs, comme la suite Affinity, désormais gratuite, montent également en puissance et constituent de sérieux challengers pour Adobe. »

